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Laude Ngadi M. Email symbol
French Department, School of Arts, University of KwaZulu-Natal, Pietermaritzburg, South Africa

Citation


Ngadi, L., 2021, ‘Les manifestes et les programmes littéraires en Afrique francophone subsaharienne : à propos de ‘l’invisibilité’ du corpus dans la critique littéraire’, Literator 42(1), a1693. https://doi.org/10.4102/lit.v42i1.1693

Original Research

Les manifestes et les programmes littéraires en Afrique francophone subsaharienne : à propos de ‘l’invisibilité’ du corpus dans la critique littéraire

Laude Ngadi M.

Received: 13 Apr. 2020; Accepted: 03 Feb. 2021; Published: 20 Sept. 2021

Copyright: © 2021. The Author(s). Licensee: AOSIS.
This is an Open Access article distributed under the terms of the Creative Commons Attribution License, which permits unrestricted use, distribution, and reproduction in any medium, provided the original work is properly cited.

Abstract

Manifestos and literary programs in French-Speaking sub-Saharian of Africa: About ‘invisibility’ of the corpus in literary criticism. Despite an abundant production, the corpus of literary manifestos and programmes from sub-Saharan Francophone Africa is relatively invisible in literary criticism. With the exception of a few studies, critical works devoted to the programmatic works of writers are rare. This article proposes some hypotheses that can explain why the body of literature of authors’ ideas in this space is generally ‘invisible’. The approach of the literary field, applied to the sociology of scientific production, makes it possible to highlight three main causes for this invisibility: the importance of identity and cultural discourse, which makes it impossible to delimit the geographical space of writers from sub-Saharan Francophone Africa, whose production and reception are dominated by that of their colleagues from the West Indies and the Caribbean; the omnipresence of political and social discourse which takes precedence over poetic reflection; the metalanguage of the manifesto due to the fact that writers are also generally literary critics.

Keywords: literary manifesto; literary programme; invisibility; literary criticism; reception.

Introduction

Les manifestes et les programmes littéraires sont des corpus de choix pour comprendre les enjeux d’une littérature. Ils rendent compte des prises de positions idéologiques et poétiques des auteurs qui expriment le besoin de s’identifier à un projet littéraire particulier et de s’affirmer dans un espace littéraire précis. Ces corpus permettent donc d’établir un diagnostic sur les relations entre les différents champs littéraires locaux et internationaux car ‘les zones géographiques conditionnent [forcément] le fonctionnement des champs et, partant, les logiques et enjeux des rassemblements littéraires’ (Saint-Amand 2016 : 16).

Or, malgré une production abondante, ce corpus demeure le parent pauvre des études critiques qui renvoient au champ littéraire francophone subsaharien. Les rares études qui lui sont consacrées portent principalement sur des textes édités à Paris, ceci aux dépens des œuvres publiées par les maisons d’éditions locales. Dans la principale publication consacrée aux manifestes de cet espace (Delas 2010), les trois quarts des articles traitent des manifestes de la Négritude qui continue à être le mouvement de référence des écrivains de cet espace. S’y ajoutent quelques lectures des manifestes d’écrivains contemporains à succès. Le manifeste de Lionel Manga, commande de la coordinatrice du dossier, clôt le volume et suggère la carence d’un corpus novateur et riche. D’autres publications, consacrées aux manifestes issus de ‘scandales’ (Anyinefa 2008 ; Djiffack 1998 ; Kavwahirehi 2000 ; Mongo-Mboussa 2003) tendent à montrer l’intérêt actuel du genre après que ‘la posture manifestaire [serait] devenue anachronique’ (Gleize 1980 : 13) suite à la crise des idéologies et des avant-gardes à la fin des années 1970.

Cette étude a pour objet de comprendre le contraste qui existe entre la prolifération des textes programmatiques dans la littérature francophone subsaharienne et la quasi-absence de ces œuvres dans la réception critique. Elle se revendique des ‘discours méta-manifestaires’, c’est-à-dire de cette approche qui ‘emprunte ses procédures à la sociologie, à l’histoire des idéologies et à l’analyse structurale des discours’ (Abastado 1980 : 7). Cet article n’a donc pas pour ambition de typifier ou de spécifier les normes d’un genre identifiable bien au-delà de la mention de mot ‘manifeste’ dans le titre1, il se propose au contraire de formuler des thèses qui pourraient révéler un ensemble de pratiques pouvant expliquer pourquoi la majorité des textes d’idées des écrivains2, excepté ceux des auteurs à succès, ne trouvent que peu – ou pas – d’attrait dans la réception universitaire. Si cette situation est également pertinente pour les manifestes des littératures européennes où les textes qui retiennent l’attention de la critique sont généralement ‘les grands manifestes’ qui ‘rend[ent] visibles les motifs communs des affinités et des rejets, les aléas des cris de combat qui se croisent, se répètent et varient dans le temps’ (Kramer 2011 : 6), notre analyse, qui se veut aussi sommairement bibliographique, a pour objectif de montrer les particularités de la réception des corpus manifestaires de l’espace francophone subsaharien. La notion de champ littéraire nous permettra de poser les jalons de cette quasi-inexistence car elle permet de :

[R]ompre avec le mode de pensée substantialiste qui, fasciné par le directement visible, […] ignore les relations invisibles entre des positions, relations irréductibles aux interactions dans lesquelles elles se manifestent et qu’elles structurent. (Bourdieu 2015 : 522)

Ainsi, nous énoncerons trois raisons, par ailleurs relatives à la sociologie de la recherche, qui pourraient expliquer l’invisibilité du manifeste dans les études critiques consacrées aux littératures d’Afrique francophone subsaharienne.

La prégnance du discours identitaire et culturel : quelles limites géographiques?

L’une des caractéristiques des manifestes d’Afrique francophone subsaharienne est la prégnance des discours proclamant une affiliation identitaire ou géographique. En effet, depuis le sous-titre ‘véritable roman nègre’ et la préface de Batouala (Maran [1921] 1938) de René Maran jusqu’au déni de la couleur de leur peau3 par les écrivains contemporains, la revendication d’une identité négro-africaine est centrale dans le positionnement des écrivains. Qu’ils la revendiquent ou qu’ils la contestent, ces derniers associent généralement aux régimes de nouveauté poétique ‘les raisons d’être [d’une] Présence Africaine’ (Diop 1947) dans le monde. Qu’il s’agisse de la Négritude ou de la littérature-monde (cf. Ngadi Maïssa 2019), les écrivains africains signataires des manifestes associent le renouvellement littéraire à la revendication d’une unité des peuples des ‘Afriques’ (cf. Collectif 1959 ; Gouraige 1979), y compris les diasporas. La Négritude regroupe ainsi des écrivains revendiquant une africanité ‘au sens plein du terme, puisque cette Afrique couvre aussi bien l’Afrique anglophone que l’Afrique francophone, aussi bien la poésie d’expression portugaise que la poésie d’expression hollandaise’ (Césaire 1966 : 3). Béti (1978) indique que sa revue fait aussi bien référence à la condition des ‘peuples d’Afrique noire’ qu’aux ‘Bantous d’Afrique du Sud, nos frères […], aux Noirs de toutes les Amériques […], ainsi qu’à toute la diaspora noire et africaine dispersée à travers l’Occident’. Pour leur part, les écrivains postcoloniaux comme Mabanckou (2012), tout en se présentant comme un ‘écrivain tout court’ (p. 138), ne manquent pas de s’affilier à un panthéon littéraire international évoquant ‘l’homme noir’.

De ce fait, il devient difficile de tracer les limites géographiques de l’espace littéraire francophone subsaharien. Les liens historiques et identitaires entre les écrivains d’Afrique noire et des diasporas peuvent en effet expliquer la rareté des travaux à propos de ces manifestes. Nous pensons que celle-ci serait due à la défense d’une collectivité de destin par les écrivains d’Afrique francophone subsaharienne et les écrivains noirs du monde entier avec lesquels ils partageraient la même histoire. Les écrivains de l’espace littéraire ici étudié se mettent alors sous la coupole de leurs pères déjà très visibles dans l’espace littéraire international. Ils (re)produisent ou prolongent des schémas qui les situent en marge du panthéon adulé. On remarquera, par exemple, qu’Aimé Césaire est particulièrement honoré dans les différents manifestes de la Négritude écrits par des écrivains du continent4 tout comme Senghor (1956) ; Diop (1949) le présente comme ‘le plus grand des poètes militants, en France’ en ajoutant que ‘c’est à juste titre que les Africains sont fiers de son œuvre’ (p. 6). À l’exception des textes de ces deux auteurs sénégalais, les principaux manifestes littéraires du mouvement de la Négritude sont l’œuvre d’écrivains des Antilles et des Caraïbes. C’est sans doute en raison de la primauté et de la domination des auteurs de ces derniers espaces que Lylian Kesteloot se réfère à Aimé Césaire, le créateur du terme Négritude, pour défendre, depuis les années 1960 (Kesteloot 1967), la spécificité d’un champ littéraire et culturel négro-africain puisque c’est avec celui-ci que ‘l’apparition d’œuvres littéraires dans les colonies fut le symptôme d’une renaissance’ (Kesteloot 2002 : 7).

Dans le même sens, les écrivains contemporains perpétuent cette tradition. Au détriment de la pensée de Senghor, ils préfèrent celle de Césaire. Sami Tchak résume la situation en ces mots :

Si Senghor n’a pas fait d’émules déclarés en Afrique, Césaire a, lui, balisé, pour la Martinique surtout, le terrain pour une pensée et une écriture décomplexée. […] Ce dernier a d’ailleurs eu un grand écho en Afrique. Son Cahier d’un retour au pays natal reste une référence pour beaucoup d’intellectuels noirs du monde entier. Le destin de Senghor a été moins ouvertement glorieux. Ses pourfendeurs africains l’ont réduit à la formule ‘l’émotion est nègre, la raison est hellène’, interprétée comme sa reconnaissance de la supériorité des Blancs sur les Noirs. (Mongo-Mboussa 2002 : 312–313)

Cette longue citation montre clairement comment la pensée de Césaire bénéficie d’un héritage dans son aire géographique et dans celle de Senghor avec, par exemple, le Cahier d’un détour au pays fatal de M’belloTooh-Tooh (2015). Nimrod, l’un des rares auteurs à affirmer ouvertement sa filiation au poète-président, ne manque pas, pour justifier le besoin d’un renouvellement littéraire dans cet espace et réhabiliter l’œuvre de son maître, de s’attaquer aux partisans antillais de Césaire qui publièrent L’Éloge de la créolité (1990) pour défendre leur ‘africanité’ :

C’est pour cette raison que j’ai commencé ces pages par le procès de l’authenticité. Nous baignons dans le règne du faux et du toc. Les deux ou trois écrivains que j’attaque (sans les nommer) n’ont jamais écrit de théories littéraires, de manifeste. […] En dehors de Senghor et de Béti (qui, lui aussi, vient de nous quitter en automne), rarement nos écrivains ont emprunté cette voie. (Nimrod 2003 : 21–22)

Pour celui-ci, Jean Bernabé, Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant reprennent le discours à propos de ‘l’authenticité’ des peuples africains, contrairement à Senghor et à Béti qui ont proposé des arts poétiques.

Toujours est-il que les écrivains francophones, dont il fait partie, qui se revendiquent de la littérature-monde (Collectif 2007) marquent leur attachement à leurs aînés des Caraïbes comme Édouard Glissant. Alain Mabanckou note ainsi que le ‘terme de “littérature-monde” s’est alors imposé [à partir des] thèses que défend Édouard Glissant dans son œuvre théorique’ (Garcia & Julliard 2007).

En analysant le phénomène globalement, il apparaît, d’un point de vue symbolique et historique, que la faible réception des manifestes des écrivains d’Afrique subsaharienne francophone s’explique par le fait que les textes de ces derniers occupent une place secondaire, comparativement à ceux déjà très visibles des autres espaces – notamment des Antilles et des Caraïbes (Obszyński 2016).

Quand la politique et le social vampirisent la littérature

Il suffit de taper l’entrée ‘manifeste’ dans les deux principales bases de données consacrées à la production littéraire africaine (Litaf et Mukanda) pour constater que les textes les plus nombreux sont à caractère socio-politique. L’état des démocraties africaines justifie sans doute la sensibilité des intellectuels et des écrivains qui réagissent aux problèmes de leurs sociétés. Nonobstant des objectifs opposés, les manifestes des programmes des dirigeants africains (Collectif 1969 ; Mobutu 1984), au même titre que les manifestes d’écrivains pourtant critiques envers les politiciens, visent paradoxalement le bien-être des populations. La dogmatique discursive, héritée de l’idéologie communiste et anticolonialiste, se rapporte aux luttes politiques, fondement que postulaient déjà les écrivains de la Négritude. En effet, Diop (1956) précise le lien indélébile entre littérature et politique en notant qu’‘au-delà de l”horizon culturel’, se profile aussi ‘une volonté d’unité politique […] sous les risques d’un mouvement panafricain dirigé farouchement contre l’Occident’ puisqu’il n’y aurait ‘pas de libération culturelle authentique sans une libération politique préalable’ (souligné dans le texte original). L’expression d’une esthétique de l’authenticité est donc interdépendante d’une contestation politique qui continue après les indépendances. Dans une analyse des essais politiques de Mongo Béti, Owono-Kouma (2014) affirme que ceux-ci sont caractérisés par ‘une écriture dont la singularité ne se réduit pas à la recherche esthétique, comme dans les romans du même auteur, mais à la simple transmission d’idées’ (p. 17). Mais les manifestes peuvent aussi être des conséquences des actions d’une idéologie politique. Les courants éphémères zaïrois, ‘(mélangisme [Ilaya Mukalay Ndaya 1979], concrétisme (Gafudzi 1981), hypersymbolisme, purisme, traditionalisme …)’ (Riva 2006: 73, 139), ainsi que la querelle entre Valentin Yves Mudimbe et Georges Ngal, ont pour origine la politique mobutienne de l’authenticité dans les années 1970 (Amuri Mpala-Lutebele & Diansonsisa Mwana Bifwelele 2009).

De fait, les écrivains éprouvent souvent le besoin de réquisitionner l’histoire et la mémoire du continent afin de contribuer au développement et à l’éveil des consciences. Pour Diop (2007), ‘tout écrivain’ serait en même temps ‘un intellectuel africain’ qui a une ‘obligation morale’ envers son lectorat car sa production ‘naît peu à peu [d’]un sentiment d’urgence et [du] besoin de faire connaître ses positions sur des questions politiques souvent très, très difficiles à démêler’ (pp. 9–10). Ce militantisme littéraire est, en outre, en rapport avec des manifestations ou des actions socio-politiques. Par exemple, en 2003, trois manifestes sont produits dans les Actes de la Conférence internationale de l’UNESCO à Libreville. Dans la ‘Déclaration de Libreville sur le dialogue interculturel et la culture de la paix’ (pp. 19–22), l’‘Appel de Libreville’ (pp. 23–24) et le ‘Manifeste des écrivains et poètes’ (pp. 25–27), les écrivains et les participants reprennent à leur compte les principales propositions des pères des ‘congrès historiques des écrivains et artistes noirs de 1956 et de 1959’ afin de proclamer aussi bien ‘l’affirmation d’une citoyenneté forte, l’ouverture à une diversité culturelle enrichissante, la promotion de l’esprit de paix, que […] le respect des droits de l’homme et du dialogue des cultures’ (Collectif 2005 : 25). Les recommandations des écrivains dépendent alors du contexte d’énonciation qui impose de privilégier les positions éthiques, au détriment de l’esthétique.

Nombre d’écrivains, par ailleurs hommes politiques proches des oppositions (Anonyme 1980) ou acteurs de la société civile, utilisent leurs œuvres comme des tremplins pour exprimer leurs opinions. Kane (2015) milite pour la justice à travers ‘la poésie, [s]es engagements d’homme public et d’homme de culture’ (p. 9) ; Lopes (2018) revendique justement ces multiples fonctions : ‘Oui, j’ai eu une double vie : publique et littéraire’ (p. 506). Ananissoh (2015) doute ainsi qu’un auteur comme Kourouma ait vraiment échappé ‘aux pièges’ de la politique comme la plupart des écrivains de cette aire géographique : ‘Y-a-t-il vraiment échappé?’ (p. 31). En clair, nous pensons que la surbrillance du discours politique dans les manifestes freine l’analyse littéraire de ces œuvres. Il y aurait souvent une connivence de la littérature avec la politique qui colonise le texte comme le notait déjà Mercier (1965) : ‘L’éveil littéraire de l’Afrique noire a une histoire presque exactement parallèle à celle de l’éveil politique’ (p. 25).

Par conséquent, malgré l’émergence récente des manifestes qui font la part belle aux aspects poétiques, les écrivains ne cessent de mettre l’accent sur la relation consubstantielle entre littérature, culture et politique. Certains écrivains, pourtant opposés idéologiquement comme Alain Mabanckou et Patrice Nganang5, collaborent au même ouvrage (Collectif 2006) pour prendre position contre le ‘géant puzzle des pratiques et ruses des nouveaux avatars de la néocolonisation’ (Dongala 2003 : 10). Les textes de ces auteurs se présentent alors comme des réactions aux différents problèmes socio-politiques ; l’omniprésence des préoccupations politico-sociales dans ces manifestes renvoie en quelque sorte les positions esthétiques dans les marges.

Des écrivains critiques littéraires ou le métalangage du manifeste

Samba Diop (1982) affirme dans un article que ‘nombre d’auteurs d’œuvres de fiction sont bicéphales : ils sont écrivains et critiques littéraires’6. Si le contexte a résolument évolué, ce constat demeure encore pertinent avec les écrivains contemporains dont les manifestes prennent la forme d’essais universitaires. Dans La NOLICA, Mongo (2005) (pseudonyme du critique littéraire et écrivain camerounais Pascal Bekolo Bekolo) retrace l’évolution de la littérature camerounaise en fixant l’avènement du renouveau littéraire dans ledit pays avec, entre autres, son roman L’Homme de la rue paru aux éditions Hatier en 1987 (p. 118). Ce type de manifeste est déjà en soi une production critique dont l’étude ne peut servir que d’appui théorique comme le fait Ntonfo (2005) dans un article consacré à l’analyse de l’œuvre de Mongo Béti et de Patrice Nganang. Dans la même perspective, en publiant un manifeste en faveur de la nouvelle poésie africaine, Konan Langui (2014) s’appuie sur son domaine de spécialité : l’“oralisme”, [convoqué dans nos] travaux de recherche […], est, par principe, la base d’écriture du courant [indépendantiste] que nous présentons maintenant’. En ce sens, le recueil qui précède le manifeste est une illustration de ses réflexions critiques et théoriques. Bref, il apparaît que ces écrivains à multiples casquettes mettent surtout l’accent sur la figure du ‘commentateur’ comme c’est le cas du poète, critique et philosophe Biyogo (2006) qui coordonne pour sa part un Manifeste pour lire autrement l’œuvre de Cheick Anta Diop.

En outre, l’écrivain, qui est souvent un enseignant, utilise en général les mêmes mécanismes discursifs que le critique littéraire. Il souhaite alors dire clairement ce qu’il présente de manière détournée dans ses fictions que la critique peut parfois mésinterpréter. Mongo Béti affirme à ce titre : ‘J’ai écrit des articles de critique littéraire et même de politique dans Présence Africaine. Mon rêve était de m’adresser au public, de parler directement avec le public’ (cité dans Kom 2006 : 120).

Mais en dehors de cette ambition d’assumer son propos et d’expliciter son œuvre en s’adressant directement au public afin de combattre tous malentendus qui pourraient être issus de l’interprétation des fictions, les essais d’écrivains contribuent surtout à préciser les raisons pour lesquels ils écrivent. Lopes (2018) affirme qu’il fait ‘jouer [s]a raison’ (p. 506) dans le but de retracer le ‘métissage’ de son itinéraire politique et identitaire ainsi que littéraire entre la France et l’Afrique : ‘Où ranger ces pages ? Écrits d’un Africain ou d’un Français ? Les deux, mon général. […] Je voudrais qu’on répondît : un écrivain tout court. [Je] me suis toujours trouvé en d’étranges pays dans mes pays eux-mêmes’ (p. 505).

De ce fait, la proximité affirmée des écrivains et des critiques met en évidence une sorte de compagnonnage et de connivence entre le champ littéraire et le champ scientifique. Pour prendre quelques exemples, l’article-manifeste ‘Les enfants de la postcolonie’ Waberi (1998) présente autant l’itinéraire des écrivains de sa génération que la nouveauté de leurs œuvres ; Théo Ananissoh dédicace son roman Le Soleil sans se brûler à Boniface Mongo-Mboussa qui, ayant ‘prêté un document essentiel [sans] lequel [l’auteur] n’aurai[t] pas écrit [s]on roman’ (Ananissoh 2015a), ne manquera pas d’éloge à propos de cet ouvrage car ‘pour la première fois en Afrique, dit-il, un auteur fait de la fiction à partir d’un autre auteur’ (Mongo-Mboussa 2017). Dans le même sens, Ahmadou Kourouma et Sami Tchak rédigent respectivement la préface et la postface de l’essai-entretien Désir d’Afrique (Mongo-Mboussa 2002) du dernier critique littéraire cité, tandis que Kossi Efoui écrit l’avant-propos des textes d’idées de Labou Tansi (2015). Dans leurs différentes publications, Alain Mabanckou et Patrice Nganang, les deux figures phares de la ‘jeune littérature africaine’ (cf. De Meyer 2010), mettent en avant leurs deux fonctions : ‘écrivain/critique’. Dans son manifeste dans lequel il propose une ‘redéfinition de la littérature à partir de l’idée’, Nganang (2007) étudie autant les œuvres de fiction que les textes qui se présentent ‘sous forme de manifeste’ et que les auteurs ‘utilisent pour se circonscrire et définir leur activité, pour poser leur propre subjectivité, ainsi que le corps de conceptions qui dans leurs textes circulent’ (15–16).

Il faut ici relever particulièrement, outre le besoin de proposer de nouvelles idées par les écrivains, la présence d’entretiens comme caractéristique d’une modernité du manifeste. Comme le note par ailleurs Pour Diop (2007) :

[I]l y a quelques décennies, tout écrivain pouvait dire aussitôt après la parution d’une œuvre de fiction : mission terminée. De nos jours, c’est presque à ce moment-là que tout commence. (p. 9)

car ‘les tâches de création et d’accompagnement du texte reposent désormais sur les seules épaules de l’auteur’ qui doit, durant des rencontres littéraires ou des festivals, ‘justifier ses choix narratifs ou réagir, avec l’air accablé qui convient, aux malheurs de l’humanité’ (pp. 9–10).

La collaboration entre écrivains et critiques fait alors du manifeste un texte producteur de savoirs à valeur scientifique. La multiplication des essais sous forme d’entretiens par lesquelles les critiques voudraient donner ‘la parole aux écrivains’ (Brezault 2010 ; Lebdaï 2015 ; Mikala 2013, etc.) montre cette connexion par laquelle ceux-ci vont directement chercher les réponses – relatives à la (dé)construction des imaginaires de l’Afrique en Occident ou au travail de ces derniers – à leurs questions. Ainsi, à la lecture de la production manifestaire de cette aire géographique, nous observons encore l’absence d’une ‘critique à même de la concevoir elle-même sinon comme pouvoir, du moins comme un des lieux du pouvoir, ou un lieu où le pouvoir se hiérarchise’ vu qu’il ‘s’agit [toujours] de défendre et d’illustrer le corpus, pour des raisons politiques et morales que l’Histoire de l’Afrique illustre assez’ (Fonkoua & Halen : 12–13). De fait, les volumes consacrés à ‘l’écriture de l’Afrique aujourd’hui’ (Mabanckou 2017 ; Mbembe & Sarr 2017 ; Samba Diop & Gbanou 2008), tout en proposant des bilans et des perspectives sur la littérature francophone en Afrique noire, montrent avec pertinence ce rapport étroit entre écrivains et universitaires. Abdoulaye Imorou7 et Nicolas Martin-Granel8 font justement observer que, dans les contributions, écrivains et critiques réaffirment des positions énoncées dans leurs ouvrages précédents. Par conséquent, nous pensons donc que l’invisibilité des manifestes dans la réception critique vient de ce lien coercitif qui favorise la publication des manifestes scientifiques et théoriques. En outre, dans ces essais, ces recueils et actes de colloque, les manifestes d’écrivains, par ailleurs enseignants-chercheurs eux-mêmes, côtoient les articles scientifiques, d’une part, universitaires et écrivains produisent des récits fictionnels et autographes, d’autre part.

Enfin, nous indiquions en introduction que les manifestes et programmes littéraires les plus étudiés sont ceux publiés ou visibles dans le centre parisien. Qu’en est-il de la réception des manifestes locaux ou continentaux ? À l’observation, il existe une multitude de manifestes et programmes littéraires publiés localement. Cependant, ces œuvres et les activités des groupes littéraires y impliqués sont difficilement accessibles en raison du circuit éditorial et commercial encore précaire : les textes sont généralement édités aux presses universitaires ou dans des éditions associatives fondées par les figures de proue de ces courants. À l’exception des travaux et manifestes disponibles en ligne, l’accès à ces livres est de préférence réservé à un public de proximité, local. Ainsi note-t-on que les études critiques sont souvent l’œuvre des compatriotes ou des collègues qui connaissent bien le terrain : outre le texte de Ntonfo déjà cité, Mihindou (2016) s’intéresse au mouvement de la Fleuvitude porté par Aimé Eyangué ; La Ronde des poètes trouve l’intérêt de Ngomayé (2013), les grands courants de la poésie ivoirienne sont étudiés par Otré-Aka (2018) et la trilogie-manifeste d’Amadou Kane (2013, 2014, 2015) est analysée par son ancienne étudiante Chemin et son collègue Mbaye (2017).

Conclusion

Nous espérons in fine que les trois thèses que nous venons de présenter contribueront à ouvrir de nouvelles pistes de réflexions à propos des corpus manifestaires d’Afrique subsaharienne francophone. La minoration des figures titulaires du continent en valorisant un panthéon littéraire panafricain, l’omniprésence du discours socio-politique dans ce corpus ainsi que le nivellement de la production de l’écrivain et celle du critique littéraire appellent à repenser de nouvelles voies de la création et de la critique. Il s’agirait, par exemple, de favoriser des textes d’idées au sujet de la poéticité des œuvres afin que cette littérature, encore ‘réduite à la clandestinité’ par la volonté des auteurs de gagner le ‘marché européen’ (Tchak dans Mongo-Mboussa 2002 : 310–311) et de s’affirmer individuellement, soit visible.

Remerciements

Intérêts concurrents

L’auteur déclare qu’il n’existe aucun intérêt concurrent.

Contributions des auteurs

Je déclare que je suis le seul auteur de cet article.

Considérations éthiques

Cet article a suivi toutes les normes éthiques de réalistation de la recherche.

Information sur le financement

Cette recherche n’a reçu aucune subvention spécifique d’aucun financement dans les secteurs public, commercial ou à but non lucratif.

Déclaration des disponibilités de données

L’auteur confirme que les données soutenant les résultats de cette étude sont disponibles dans l’article.

Avis de non responsabilité

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur ret n’engagent pas leurs institutions respectives ou le donateur.

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Footnotes

1. Nous passerons outre cet exercice encyclopédique et renvoyons à la belle somme faite par Michał Obszyński (2016 : 13–42).

2. Nous nous intéressons particulièrement aux textes d’idées relatifs à la création littéraire, et non aux essais scientifiques, aux réflexions philosophiques, anthropologiques et sociologiques (cf. Mouralis 2007 ; Samba Diop 1986).

3. ‘[M]on travail d’écrivain consiste toujours à tenter de proposer ma voie/voix. Je me désolidarise momentanément de la fraternité naturelle de couleur [noire, pour faire parler] mes différences en tant qu’individu’ (Tchak 2018 : 12–13).

4. L’auteur lui-même se réjouit de la réception de son œuvre sur le continent africain: ‘L’Afrique […] fait partie de ma géographie intérieure, et c’est pourquoi je suis frappé par l’accueil fait à mes œuvres en Afrique. Souvent, mon œuvre est mieux comprise en Afrique qu’aux Antilles. Et l’Africain se reconnaît. On dit mes poèmes difficiles, mais lorsqu’on a joué Le Roi Christophe à Dakar, on l’a joué dans un stade, devant un public populaire, qui a réagi chaleureusement. Je crois que le contact est établi’ (Césaire 1967 : 19).

5. Celui-ci défend une ‘écriture préemptive’ consistant non pas ‘à seulement raconter des histoires’ comme le préconiserait le premier, mais à ‘inventer un style juste pour dire la tragédie de notre continent, [à] créer un style d’écriture qui rende cette tragédie dorénavant impossible’ (Nganang 2007 : 284).

6. Deux ans plus tard, Bernard Mouralis (1984 : 381) fait le même constat: ‘Les écrivains africains ne se contentent pas seulement en effet de produire des textes de fiction – poésie, roman, théâtre - ils doublent constamment ces textes de fiction d’un discours critique dont la fonction principale n’est pas de prendre position sur des problèmes d’esthétique littéraire et les implications de l’écriture mais de dire ce que doit être la littérature africaine’.

7. Imorou (2017) : ‘D’une manière générale, les contributeurs ont repris–sans chercher à s’en cacher – des propos déjà connus. Le plus souvent, il s’agit d’ailleurs de leurs propres travaux. Rokhaya Diallo revient sur les raisons de son combat contre ce qu’on pourrait appeler le racisme en toute bonne conscience. Pascal Blanchard prévient que son texte est un collage de ses publications. Abdourahman A. Waberi reprend carrément «Les enfants de la postcolonie.» […] L’intérêt du volume se situe justement là. […] En effet, s’il ne trace pas tout à fait de nouvelles pistes, il travaille à l’imposition d’une nouvelle vulgate’. Dans“Le nouveau discours africain, version bêta: compte rendu de Mabanckou.

8. Ce collectif donne une place de choix aux contributions des écrivains comme si ‘écrire l’Afrique aujourd’hui’ dit-il, ‘était une tâche réservée aux seuls experts autorisés, aux écrivains [Henri Lopes, Abdourahman Waberi, Zakaria Lingane, Boubacar Boris Diop, Moussa Sow, Patrice Nganang] (par) eux-mêmes’. Martin-Granel (2010).



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