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Arthur N. Mukenge Email symbol
School of Languages and Literatures, Faculty of Humanities, Rhodes University, Makhanda, South Africa

Grace N. Botha symbol
School of Languages and Literatures, Faculty of Humanities, Rhodes University, Makhanda, South Africa

Citation


Mukenge, A.N. & Botha, G.N., 2025, ‘Le français langue étrangère : Langue dominante ou dominée, langue résistante ou langue de valeur ? Une observation critique dans le contexte du Malawi’, Literator 46(1), a2183. https://doi.org/10.4102/lit.v46i1.2183

Original Research

Le français langue étrangère : Langue dominante ou dominée, langue résistante ou langue de valeur ? Une observation critique dans le contexte du Malawi

Arthur N. Mukenge, Grace N. Botha

Received: 07 May 2025; Accepted: 06 Oct. 2025; Published: 20 Nov. 2025

Copyright: © 2025. The Author(s). Licensee: AOSIS.
This work is licensed under the Creative Commons Attribution 4.0 International (CC BY 4.0) license (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/).

Abstract

French as a Foreign Language: Dominant or dominated language, language of resistance or language of value? A critical observation in the context of Malawi. Malawi is a linguistically diverse country in Southern Africa. In this already complex multilingual environment, French as a Foreign Language is often perceived as a newcomer positioned after English and the local languages in terms of educational and societal relevance. Yet, despite this peripheral status, French holds undeniable potential. It is increasingly seen not only as a strategic language but also as a meaningful contributor to education and personal, professional, and collective development of Malawians. Thanks to partnerships with French-speaking countries and organizations such as the International Organization of Francophonie, it is taught in few secondary schools and universities, becoming crucial for Malawians in fields such as diplomacy, international trade, and interpretation, where foreign language skills are increasingly sought after. However, French must contend with the dominance of English, which is the official language of Malawi and often associated with economic opportunities and high social status. Despite this challenge, institutions such as the Alliance Française support the learning of French through various cultural and linguistic programmes.

Contribution: This article raises key questions: How is French being valued and promoted in Malawi today? Can it influence, or even reshape, the country’s linguistic priorities? Can it integrate linguistic diversity into Malawi’s educational policy? To explore these issues, we propose to examine French as a dominant or a dominated language, a language of resistance, and a language of value in the Malawian context.

Keywords: French as a Foreign Language; dominant language; language of value; language of resistance; Malawi.

Préliminaires

Pays de l’Afrique australe, le Malawi possède une diversité linguistique marquée par la coexistence de nombreuses langues locales. En effet, le chichewa, langue nationale, prédomine dans les échanges quotidiens, tandis que l’anglais, langue officielle, est utilisé dans l’administration publique et l’enseignement dès la première année du niveau primaire jusqu’à la dernière année du niveau supérieur (Kamwendo 2016; Lipenga 2016).

Dans ce contexte multilingue déjà complexe au Malawi, le français comme Français Langue Etrangère, FLE, apparaît comme un intrus et occupe la position tertiaire après l’anglais et les langues locales. Même si le français occupe cette position, le FLE jouit d’un potentiel stratégique et constitue un élément fondamental et prometteur dans l’enseignement au Malawi: il représente un atout majeur dans le cadre de l’éducation et du développement personnel, professionnel et collectif.

Dès 1961, l’enseignement du FLE est introduit par arrêté ministériel du gouvernement malawite adressé au Consul de France, selon Lipenga (2016). Depuis lors, de fil en aiguille, il poursuit son ascension quasi vertigineuse malgré les contraintes budgétaires du gouvernement du Malawi. Chemin faisant, le FLE est aujourd’hui bien présent sur le programme ou le cursus de quelques écoles secondaires de grandes villes comme Lilongwe, Blantyre, Zomba et Mzuzu ainsi que des trois établissements d’enseignement supérieur, à savoir le Collège de l’Éducation de Domasi, l’Université du Malawi et l’Université de Mzuzu (Dokotala 2023 ; Galafa, Nthara & Mulingo 2024). Toutefois, la diffusion du français en tant que langue étrangère (LE) au Malawi demeure poussive, dans la mesure où le pays est confronté à de multiples défis, notamment les contraintes budgétaires au niveau gouvernemental et le caractère optionnel de cette discipline dans le cursus scolaire. Dans ce contexte, il devient particulièrement difficile pour les établissements étatiques ou les enseignants de se doter des ressources pédagogiques nécessaires à son enseignement adéquat (Dokotala 2023); et pire encore, la réalité du FLE au Malawi décrite ci-dessus au se bute à la domination persistante de l’anglais, ‘langue perçue comme vecteur de mobilité sociale, d’accès au marché du travail et de prestige académique’ (Matiki 2001 : 207).

En plus de ce qui est dit plus haut, dans le contexte de conflit de domination linguistique, le français serait pris en étau par plusieurs dynamiques dues à l’impulsion du chichewa et de l’anglais dans l’espace du Malawi. À cette pression constante, le français résiste assez bien. Grâce à sa résistante, il se créerait un chemin dans la diplomatie et les carrières internationales de l’espace malawite; à titre d’exemple, certains étudiants du Malawi choisissent le français pour élargir leurs horizons professionnels et culturels. Ils s’adonnent à l’apprentissage du FLE pour affronter le monde global et globalisant.

Cela explique que le français serait perçu comme une langue de valeur car il commence à contribuer lentement mais sûrement à l’épanouissement personnel et à favoriser l’accès à une diversité culturelle riche et épanouissante et surtout à ouvrir des perspectives professionnelles.

Comment s’opère la valorisation effective de cette langue au Malawi ? Peut-elle influencer, qui plus est, bousculer les orientations linguistiques nationales du Malawi ? Peut-elle s’intégrer à la diversité linguistique de la politique éducative du Malawi ?

Telles sont les questions de notre discussion.

Pour répondre à notre problématique, nous aborderons une image du français comme langue dominée, comme langue résistante et comme langue de valeur dans le contexte malawite.

Le présent article adopte une approche qualitative centrée sur l’analyse des pratiques et des expériences vécues dans le contexte éducatif multilingue (Creswell 2012). Berg (2001) souligne que :

Qualitative research properly seeks to answers to questions by examining various social settings and the individuals who inhabit those settings. Qualitative researchers, then, are most interested in how humans arrange themselves and their settings and how inhabitants of these settings make sense of their surroundings through symbols, rituals, social structures, social roles and so forth. (pp. 6–7)

Les données sont recueillies à l’aide d’un questionnaire comportant des questions semi-ouvertes, diffusé en ligne auprès des enseignants du FLE au Malawi. La collecte de données s’est déroulée du 14 au 22 septembre 2025.

Le questionnaire est diffusé en ligne. Le nombre total de participants s’élève à 38. Leur répartition régionale est la suivante: région Nord (7 participants représentent 18 % de l’échantillon), région Centre (6 participants correspondant à 16 %), région Sud (20 participants représentant 53 %), et (5 participants n’ayant pas précisé leur localisation qui équivaut à 13 %). Cette répartition est illustrée dans la figure 1.

FIGURE 1: Répartition des participants selon leur région d’expertise.

Le français, langue dominante ou dominée ?

La question de l’introduction du français dans le contexte linguistique au Malawi requiert une observation critique et une analyse rigoureuse.

Ancien protectorat britannique, le pays a hérité d’une configuration linguistique prédominée par l’anglais, langue officielle. Utilisé dans l’administration publique, la justice, le système éducatif et les médias, l’anglais occupe une position hégémonique au sein des sphères du pouvoir, reléguant les langues locales telles que le chichewa, le chitumbuka ou le chiyawo à des fonctions essentiellement communautaire, informelle et vernaculaire. C’est dans ce paysage linguistique déjà fortement structuré autour d’une langue dominante au sommet de la pyramide que le français fut introduit au début des années 1960. Son introduction au Malawi, selon Lipenga, est due au fait que ‘la décision de [l’] enseigner au Malawi avait été prise en 1961 par un décret ministériel [que le gouvernement avait] adressé au Consul de France, Monsieur M.M.P. Bobillier’ (Lipenga 2016 : 18). Cependant, Galafa (2024) précise que :

La décision d’enseigner le français au Malawi avait été prise à la suite d’une rencontre entre l’ancien chef d’État, le Dr Hastings Kamuzu Banda, et le président français, le Général Charles de Gaulle. Cette décision administrative a suscité l’engouement de plusieurs écoles de faire l’ébauche de l’enseignement du français. Ici, il sied bien de signaler que le premier président de la République du Malawi, Dr Banda, avait manifesté un intérêt personnel vis-à-vis du français dès son séjour en Grande-Bretagne. (pp. 35–36)

Le soutien explicite de Banda, homme d’état formé à l’étranger, consiste en la volonté d’ouvrir le pays à d’autres sphères d’influence linguistique que l’anglophonie; d’où l’introduction du français.

Ce retour aux origines institutionnelles du FLE au Malawi nous amène à reconsidérer le rôle stratégique que cette langue est appelée à jouer dans le projet national du pays post-indépendant. Pourtant, plus de soixante ans plus tard l’élan initial semblerait essoufflé, estompé. En effet, la langue est submergée et dominée par le tandem, anglais et langues vernaculaires. Elle n’a pas encore réussi à s’imposer sur l’échiquier du pays: elle a difficilement influencé, qui plus est, bousculer les orientations linguistiques nationales du Malawi.

A coup sûr, il devient alors pertinent de se réinventer au niveau des politiques, chercher des raisons nobles qui puissent faciliter l’éclosion du français dans le contexte national et multilingue du Malawi car seule la volonté politique serait insuffisante ou même serait pauvrement manœuvrée.

Mutatis mutandis, le gouvernement malawite, sous la nouvelle direction du président Dr Lazarus Chakwera, exprime la volonté d’intégrer le français et même le portugais et le swahili dans le programme scolaire du pays. Comme pour légitimer les pensées de Chakwera, l’annonce est relayée en grande pompe par le journal Malawi 24, précisément le 26 Avril 2022 ; cette stratégie s’inscrit dans le but de doter les citoyens malawites des compétences linguistiques diversifiées, favorisant ainsi de nouvelles opportunités professionnelles, économiques et diplomatiques à l’échelle régionale et internationale (Mkandawire 2022). Cependant, malgré cette déclaration légitime, la réalité montre que les efforts sur le terrain restent insignifiants. Ceci pèche par le fait que les écoles primaires n’ont reçu ni instructions officielles, ni matériels pédagogiques, ni personnels qualifiés en nombre suffisant. Ce décalage entre l’engagement politique et la mise en action soulève des interrogations sur la portée effective de la volonté émanant du sommet de l’état. De là vient que l’intégration du français dans la diversité linguistique du Malawi est sujette à caution.

Là où l’opération d’essai a eu lieu, par exemple dans l’enseignement supérieur étatique, il s’avère que les inscriptions dans les filières de français sont en hausse mais elles se butent souvent à l’absence d’insertion de programmes professionnels attractifs. La carrière d’enseignant, qui reste la voie principale d’attrait, est moins valorisée tant sur le plan social qu’économique. Ce constat ne constitue pas le rejet de la langue ou le manque de passion, mais plutôt le manque de structuration d’un programme adéquat et le déficit de politiques incitatives en faveur de sa valorisation institutionnelle. Dans ce contexte, le français encore dans son statut de langue dominée, incarne un idéal en suspens au Malawi, la langue est le symbole d’un avenir projeté mais non encore réalisé. Et alors d’où puise-t-elle sa valeur extrinsèque au Malawi ?

Le français comme langue de valeur

Malgré cette diffusion réduite et mal orchestrée, la langue résiste dans le champ du Malawi et se taille crescendo un prestige et jouit d’une certaine valeur dans des secteurs stratégiques tels que la diplomatie, le commerce international, le tourisme, l’hôtellerie et même les organisations intergouvernementales au Malawi ; d’où sa demande à répétition dans les organismes d’état.

Au fait, sa valorisation repose sur des logiques ou des postulats de distinction sociale et surtout d’ascension professionnelle et d’ouverture diplomatique vers les pays francophones. De cette résistance, elle devient une langue de prestige. Son enseignement coûte cher : il exige des sources et ressources particulières, un personnel qualifié et bien formé dans de grandes académies. Petit à petit, elle fait son bonhomme de chemin dans quelques écoles secondaires publiques et privées et dans seulement trois universités au Malawi. Son pouvoir se tisse, comme le souligne Pierre Bourdieu, c’est simplement ‘le pouvoir d’imposer la reconnaissance d’une langue ; [la langue française] est inséparable du pouvoir d’imposer la reconnaissance de ceux qui la parlent’ (Bourdieu 2001 : 58). C’est dans cette optique que le prestige du français ne découle pas de sa fréquence d’usage, mais du capital symbolique associé aux espaces où il est mobilisé: au Malawi, quelques écoles secondaires publiques et privées et trois universités seulement.

Il importe, néanmoins, de relativiser cette forme de résurrection. Le français ne bénéficie d’aucun statut officiel au Malawi, il n’est pas utilisé comme langue d’enseignement et conséquemment, il n’intervient pas dans les principales fonctions de l’État. Sa présence reste marginale et sélective comparée à celle de l’anglais, dont la suprématie dominante s’ancre à la fois dans l’héritage colonial et dans les exigences contemporaines en matière de développement, de compétitivité et de communication internationale.

Dès lors, il paraît plus juste de considérer le français non comme une langue dominante au sens strict, mais comme une langue à valeur symbolique élevée, dont l’influence demeure confinée dans certains espaces élitistes et dans quelques salons littéraires de l’Alliance Française récemment métamorphosés pour le besoin de la cause. Cette distinction s’avère plus qu’essentielle dans l’appréhension de la complexité de son statut au Malawi, et elle pousse à s’interroger non seulement sur son usage effectif, mais également sur la représentation sociale et les aspirations qu’elle suscite.

Toutefois, cette position marginale, teintée un peu de mauvaise foi, du français dans le système éducatif malawite, loin d’être synonyme d’effacement stratégique, semble plutôt révéler un autre aspect de la langue, comme Senghor (2006 : 33) la qualifiait de ‘la langue des dieux car sa symphonie attire la classe […]; la langue qui brille de mille feux’ et à Langellier (2024 : 54) de poursuivre ‘ […] car son potentiel intrinsèque est loin d’avoir des concurrents ’.

Somme toute, dans un environnement dominé par l’anglais, l’enseignement et l’apprentissage du français peuvent également être interprétés comme des formes subtiles de résistance à l’uniformisation linguistique séculaire du Malawi.

Le français, langue de résistance

Dans le contexte linguistique du Malawi, où l’anglais tient une position dominante tant sur le plan institutionnel que symbolique, le français demeure marginal mais prestigieux. Nous pensons que même si l’on met des mailles du filet pour arrêter sa propension, elle sortira entre les mailles. C’est une force prodigieuse de parler cette langue.

Sa situation au Malawi ne saurait être interprétée à priori comme indicateur d’effacement, mais à posteriori comme l’expression d’une dynamique de résistance linguistique et la stricte volonté d’affranchir le Malawi du multilinguisme imposé, injustifié et incohérent et d’ouvrir des perspectives éducatives plus diversifiées aux jeunes malawites des générations deux mille. Ainsi, l’enseignement et l’apprentissage du français traduira une recherche d’alternative linguistique plus souple, détachée d’un canevas séculier, suranné et tombé en désuétude car la planète terre est devenue le petit monde tel que vu par le petit prince d’Antoine de Saint-Exupéry, qui insistait d’avoir un petit mouton aux diamètres de dessin universel.

Dans les écoles primaires publiques du Malawi, le FLE n’est pas encore intégré au programme national ; le cursus linguistique malawite demande une re-visitation car il date d’illo tempore. Ce contexte contribue à restreindre considérablement l’accès à cette langue, qui demeure encore méconnue par une large majorité d’apprenants. Son statut sélectif fait que dans l’enseignement secondaire (dans quelques écoles), le FLE figure parmi les matières à option. Son enseignement, souvent concentré dans les zones urbaines, bénéficie de ressources suffisantes et de personnel qualifié étant donné que l’Alliance Française de Blantyre, en coopération directe avec l’Ambassade de France de Prétoria, a mis le paquet dans la formation du personnel local en France et dans l’envoi des ressources nécessaires et suffisantes pour un meilleur apprentissage.

Le français est, toutefois, proposé dans des écoles privées et internationales, souvent en lien avec des curricula étrangers, une demande sociale liée au prestige (Dokotala 2023). De nombreuses écoles, notamment en milieu rural, ne l’intègrent pas à leur offre de formation, en raison de contraintes matérielles ou de priorités uni-visionnaires politiques axées sur les filières techniques et scientifiques. Malgré des conditions moins favorables à son expansion, le FLE continue d’être enseigné dans quelques établissements secondaires et supérieurs du Malawi. Cette continuité ne peut être interprétée comme une simple inertie administrative, elle révèle, au contraire, un attachement durable à la diversité linguistique dans un environnement éducatif marqué par la domination de l’anglais et la présence d’un programme gouvernemental latent. Loin de se réduire à un apprentissage de code, l’étude du français ouvre un espace d’élaboration identitaire et de repositionnement culturel pour une partie de la jeunesse malawite. Telles sont les considérations, qui croyant négliger sa place, à contrario, le hisse au rang du prestige. En la sous-qualifiant de langue complémentaire, secondaire, nous estimons que sa rareté fait son prestige : ‘ce qui est rare, est cher’. D’où la perception selon laquelle il s’agirait d’une langue stratégique, qui sait résister aux intempéries du multilinguisme.

Le français, langue de valeur dans le contexte malawite

En Novembre 2024, lors de l’inauguration officielle de l’Alliance Française de Blantyre (Ambassade de France en Afrique du Sud 2024 ; Banda 2024), le président Lazarus Chakwera a annoncé l’intention d’introduire le français, le swahili et le portugais dans le curriculum scolaire national (Malawi 24, 26 Avril 2022). Cette annonce marque un tournant dans la politique linguistique nationale, traduisant une volonté de rompre avec la centralisation anglophone et de favoriser ainsi une éducation multilingue alignée sur les réalités régionales et internationales. Donc, la relance de l’Alliance Française s’inscrit dans cette orientation. En proposant des cours de langue, des formations spécialisées et des événements culturels, l’institution contribue à l’enracinement du français dans le paysage éducatif malawite. Elle constitue également un espace de diffusion de la culture francophone, renforçant ainsi les opportunités de dialogue interculturel et de mobilité académique.

Dans un monde caractérisé par l’interconnexion des sociétés, la diversité linguistique devient un levier de commande essentiel pour répondre aux enjeux économique, diplomatique, éducatif et culturel. À ce titre, le français occupe une place de choix sur la scène internationale, tant par sa diffusion institutionnelle que par son poids symbolique. Bien que son statut au Malawi reste celui d’une langue étrangère peu enseignée, l’on estime que sa portée stratégique s’affirme progressivement à travers divers canaux tant politiques que sociaux.

À l’échelle régionale et mondiale, le français est utilisé dans de nombreuses instances de coopération, notamment en Afrique, où il joue un rôle transversal dans les domaines de la gouvernance, de l’éducation et du commerce. Cette présence confère à la langue une dimension opérationnelle pour ceux qui souhaitent s’intégrer dans des réseaux professionnels ou académiques élargis. Dans ce contexte, nous pensons que la maîtrise du français est perçue comme une ressource stratégique, particulièrement dans les pays anglophones d’Afrique comme le Malawi où elle permet de se démarquer dans des environnements compétitifs. Comme le souligne Gordon Ade-Ojo, cité par Odeyemi (2019) :

[L]a maîtrise du français ouvre aux Africains anglophones des perspectives d’emploi avantageuses. Des postes prestigieux sont accessibles aux diplômés en langue française, notamment dans le secteur de l’hôtellerie, mais aussi au sein d’organisations transnationales et multinationales. (p. 53)

En définitive, dans le contexte malawite, le français s’impose de plus en plus comme une langue de valeur. Il contribue à la formation de citoyens malawites mieux préparés aux réalités contemporaines, aptes à s’inscrire dans des dynamiques régionales et internationales, et capables de tirer parti d’un multilinguisme stratégique et hautement compétitif. Le renforcement de son enseignement peut ainsi représenter une orientation clé pour une éducation plus inclusive, plus ouverte et plus tournée vers l’avenir.

Résultats de l’analyse (veuillez trouver en appendice le questionnaire anonyme d’enquête et un échantillon de réponses)

Parmi les 38 répondants, 7 sont des enseignants issus des trois principales institutions d’enseignement supérieur offrant des programmes en études françaises au Malawi, à savoir: l’Université du Malawi (3 enseignants), l’Université de Mzuzu (2 enseignants), et le Collège de l’Éducation de Domasi (2 enseignants). Les 31 autres participants sont des enseignants exerçant leurs métiers dans des établissements secondaires. Cette répartition est illustrée dans la figure 3.

Et la répartition selon le sexe est ainsi conçue: 9 enseignantes, 28 enseignants et 1 participant n’a pas précisé son genre. Cette répartition est illustrée dans la figure 2.

FIGURE 2: Répartition des participants selon le sexe.

FIGURE 3: Répartition des participants selon leur niveau académique.

Comme mentionné précédemment, les enseignants de FLE exerçant dans les trois principales institutions d’enseignement supérieur proposant des programmes d’études françaises au Malawi ont participé à la collecte des données. Ils représentent 18% de l’échantillon total, tandis que les enseignants du secondaire, provenant des trois grandes régions du pays (Nord, Centre et Sud), constituent 82% des participants. La prise en compte des enseignants des niveaux secondaire et tertiaire visait à garantir une diversité de perspectives, afin de favoriser une multiplicité de points de vue fondés sur des expériences pédagogiques à plusieurs niveaux.

La discussion s’articule autour des cinq grandes questions posées aux participants:

  • Le français peut-il être considéré comme une langue de valeur, une langue résistante, ou une langue dominante/dominée dans le contexte malawite ?

    Deux principaux thèmes ont émergé:

    • Le français comme outil de mobilité académique et professionnelle dans un contexte anglophone.
    • Le français comme levier d’ouverture culturelle et d’enrichissement identitaire au Malawi. Ces réponses indiquent que, pour de nombreux enseignants, le français revêt une valeur à la fois utilitaire et symbolique.
  • Le FLE est-il perçu comme une langue de valeur au Malawi ?

    Les réponses ont été catégorisées en deux grandes tendances:

    Oui :

    • Le FLE est vu comme une ressource professionnelle et un moyen de subsistance;
    • Il constitue un outil d’intégration régionale et commerciale, notamment dans le contexte de la francophonie en Afrique.

    Non :

    • Faible présence institutionnelle du FLE dans les structures éducatives;
    • Domination de l’anglais dans les pratiques linguistiques quotidiennes.
  • Le FLE peut-il être considéré comme une langue résistante au Malawi ?

    Un thème principal a émergé: (1) Statut institutionnel marginal du FLE dans le système éducatif; (2) Discrimination linguistique et faible valorisation sociale du français dans l’opinion publique.

  • Le français est-il une langue dominée ou dominante au Malawi ?

    Les participants ont identifié deux points de vue contrastés: (1) Le français comme langue dominée: marginalisation par rapport à l’anglais et au chichewa, faible usage et reconnaissance sociale limitée; (2) Le français comme langue institutionnelle reconnue mais peu diffusée, avec une portée limitée.

  • Quelle est la perception des enseignants quant à l’avenir du FLE au Malawi ?

    Deux visions opposées se dégagent:

    Pessimiste : Le français aurait un avenir incertain, menacé par le faible nombre de locuteurs et le manque d’investissement institutionnel.

    Optimiste : L’avenir du FLE est perçu comme prometteur, notamment grâce à : (1) La relance des activités de l’Association des professeurs de français; (2) La présence active de l’Alliance Française de Blantyre ; (3) Le financement de projets éducatifs.

Le soutien croissant du gouvernement, en particulier avec l’introduction du français dès le niveau primaire.

Que conclure ?

L’analyse de la place du français dans le système éducatif malawite, envisagée sous les angles de langue dominante, langue de résistance et langue de valeur, révèle une configuration à la fois nuancée et évolutive. Le français ne peut être enfermé dans une tour de Babel des catégories énumérées ci-dessus : sa présence varie entre reconnaissance institutionnelle, engagement pédagogique et aspiration socioprofessionnelle. Cette complexité reflète les tensions et les dynamiques propres aux politiques linguistiques en contexte anglophone africain dont le Malawi.

Nous estimons que comme langue dominante, le français conserve une certaine légitimité dans les sphères diplomatiques, universitaires et professionnelles, où sa maîtrise est perçue comme une compétence valorisante. Toutefois, cette domination demeure limitée et essentiellement symbolique, dans un paysage institutionnel largement façonné par l’anglais.

En tant que langue de résistance, le français représente une alternative pour les acteurs éducatifs qui restreignent la réduction du champ linguistique à une seule langue. Il est choisi de manière réfléchie par des étudiants, soutenu par des enseignants engagés, et promu par des institutions conscientes de son potentiel identitaire, culturel et stratégique. Cette forme de résistance, progressive et silencieuse, réinvente des priorités éducatives, où le plurilinguisme devient un objectif assumé.

Sur le plan de la valeur, le français s’impose comme un instrument de formation continue, de mobilité professionnelle et de coopération régionale. Les programmes de bourses, les stages en milieu francophone, la place du français dans les partenariats internationaux, ainsi que l’annonce politique de son intégration au curriculum scolaire, témoignent de sa pertinence croissante dans le développement du capital humain. Cette dynamique positionne le français non plus comme une langue étrangère périphérique, mais comme une langue de compétence et d’opportunité comme l’ont mentionné les participants à l’enquête, chacun au regard de sa propre expérience.

De plus, des 38 participants ayant pris part à la collecte de données, la majorité a souligné que leur intérêt pour le français était motivé par des raisons principalement académiques et professionnelles. Cela confirme le rôle utilitaire du FLE dans un pays où l’anglais est dominant, mais où le multilinguisme et la francophonie régionale ouvrent des perspectives nouvelles en matière d’opportunités éducatives, économiques et culturelles.

Cette étude vient de démontrer que le français, au Malawi, ne se limite plus à une présence marginale; il contribue à l’émergence d’une éducation linguistique plus ouverte, cohérente avec les exigences du monde contemporain. Il devient un vecteur de transformation, d’appropriation et d’affirmation dans un système où l’alternance linguistique reste encore fragile.

Dès lors, il appartient aux décideurs politiques, aux formateurs et aux communautés éducatives de valoriser pleinement cette ressource. Intégrer le FLE dans une vision éducative nationale, c’est offrir aux étudiants malawites des moyens concrets pour se positionner en tant qu’acteurs plurilingues, culturellement ouverts et professionnellement préparés à évoluer dans un espace régional et international en constante mutation.

Remarques :

  • Selon les statistiques de l’Association Malawienne des Enseignants de Français, la situation du FLE au Malawi a connu une évolution notable. En 2022, on a compté 157 professeurs qualifiés qui enseignaient le français dans 78 établissements scolaires. En 2025, ce nombre est passé à 89 établissements et 218 enseignants de français.
  • Boniface Dokotala dans son article intitulé: ‘Problematising Simplicity : Addressing Comprehension Gaps of RFI’s “Le Journal en Français Facile”, souligne que ‘by 1989, thirty-nine Malawian secondary schools were offering French. However, some schools have stopped due the shortage of French teachers among other factors’ (Dokotala 2023 : 83).

Reconnaissance

Intérêts concurrents

Les auteurs déclarent qu’ils n’ont aucun lien financier ou personnel pouvant les avoir influencés de manière inappropriée dans la rédaction de cet article.

Contributions des auteurs

L’article de recherche a été développé grâce à une collaboration étroite entre deux auteurs. G.B. a pris l’initiative de façonner l’idée de recherche, de construire le cadre conceptuel, de passer en revue la littérature, de collecter les données et de rédiger le brouillon initial. A.M. a joué un rôle clé dans le raffinement du design de recherche, l’analyse des données et le renforcement de la cohérence théorique du travail. Nous avons tous deux travaillé ensemble pour interpréter les résultats et peaufiner la version finale du manuscrit. Chacun de nous a examiné et approuvé la version avant soumission. Chaque auteur, G.M. et A.M., a contribué également au travail.

Conséderations éthiques

Cet article a respecté toutes les normes éthiques pour la recherche sans contact direct avec des sujets humains ou animaux.

Informations sur le financement

Cette recherche n’a reçu aucune subvention spécifique de la part d’une agence de financement publique, commerciale ou à but non lucratif.

Disponibilité des données

Le partage des données n’est pas applicable à cet article car aucune nouvelle donnée n’a été créée ou analysée dans cette étude.

Avertissement

Les points de vue et opinions exprimés dans cet article sont ceux des auteurs et sont le fruit de recherches professionnelles. Ils ne reflètent pas nécessairement la politique officielle ou la position d’une institution affiliée, d’un financeur, d’une agence ou de l’éditeur. Les auteurs sont responsables des résultats, conclusions et contenus de cet article.

Références

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